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Le principe de neutralité technologique des fréquences s’applique à partir du mercredi 25 mai. Il permet une plus grande liberté dans l’usage du ­spectre.

C’est un nouveau « D-Day » pour l’Europe. Ce 25 mai 2016 restera comme le jour de libération… des fréquences télécoms. Le principe de neutralité technologique, introduit dans une directive européenne fin 2009, entre en effet en vigueur dans l’Union. De quoi s’agit-il exactement ? Jusqu’à présent, chaque bande de fréquences était plutôt dédiée à une technologie.

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Ainsi, la bande 2.100 MHz était-elle historiquement dévolue à la 3G ; les ­bandes 900 MHz et 1.800 MHz à la 2G ; le 800 MHz et le 2.600 MHz à la 4G. L’idée poussée par l’UE, qui s’inscrit dans un mouvement d’ampleur internationale, est en gros de faire sauter ces restrictions technologiques et laisser aux acteurs des télécoms le choix d’utiliser les fréquences qu’ils veulent, pour l’usage qu’ils préfèrent. Cer­taines fréquences dédiées au fixe, comme le 3,5 GHz, pourront ainsi être désormais mobilisées pour le mobile.

L’objectif de cette optimisation du spectre hertzien et de sa déspécia­lisation est notamment de répondre au boom du trafic data sur les réseaux mobiles et à la demande des utilisateurs pour des débits toujours plus élevés, notamment avec l’arrivée de la 4G.

« On accuse souvent l’Europe de rajouter trop de normes. Là, ils font justement sauter les barrières en laissant aux acteurs économiques le choix, pour être plus flexibles et innover davantage », se félicite un expert du secteur. Pour avoir le droit d’utiliser des fréquences pour un autre usage que celui prévu initialement, il sera encore nécessaire d’en faire la demande auprès du régulateur, mais l’autorisation sera plus automatique et plus rapide.

Malgré l’importance symbolique de cette « libération », il ne faut pas s’attendre à un grand soir des télécoms. Certaines dérogations avaient déjà été accordées. La bande 900 MHz (2G) avait été rendue neutre à la fin des années 2000, pour faire aussi de la 3G. Les fréquences 1.800 MHz (2G) sont aussi utilisées par de nombreux opérateurs en Europe pour faire de la 4G (on appelle cela le « refarming »).

C’est le cas de T-Mobile en Allemagne, de Telia au Danemark ou encore de EE au Royaume-Uni. En France, Bouygues Telecom avait obtenu cette autorisation en 2013. C’est ce qui lui a permis de faire, pendant quelque temps, la course en tête en termes de couverture 4G.

Transfert de technologies

La donne va surtout changer pour Free. A compter du 25 mai, l’opérateur se verra officiellement attribuer 10 MHz de plus dans la bande 1.800, pour en détenir 15 MHz. C’est la conséquence des autorisations de « refarming » accordées par l’Arcep à SFR et Orange l’été dernier.

Chacune de ces autorisations était en effet assortie d’une obligation de rétrocession de spectre à Free, dernier arrivé dans les télécoms et donc plus pauvre en fréquences que ses camarades. L’opérateur s’est préparé depuis plusieurs mois à en bénéficier en commençant à équiper les antennes 2G pour faire de la 4G. Cela lui permettra d’améliorer sa couverture, mais aussi de fournir plus de débit à ses abonnés.

A part le 1.800 MHz, présent en grande quantité en France, le « refarming » des autres bandes ne semble pas imminent. Le 900 est encore bien utilisé en 2G et 3G. Idem pour la bande 2.100 MHz : l’importance du trafic 3G nécessite qu’elle lui soit encore totalement dédiée.

Pour faire du « refarming », il faudrait en outre que les équipementiers travaillent sur des solutions le permettant techniquement. On pourrait néanmoins assister à un transfert de technologies dans les prochaines années. En attendant, les opérateurs auront suffisamment à faire avec les nouvelles bandes 700 MHz acquises fin 2015, et qu’ils commencent juste à exploiter.

Source : Les Echos

Article sélectionné par : B. WIECZOREK / LillyBelle