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Selon le dernier conseil des ministres tenu le Mercredi 04 Mars 2015, dans son point 6, le gouvernement ivoirien, sur proposition du MPTIC (Ministère des Postes, des Technologies de l’information et de la communication) et en liaison avec le Ministère de l’économie et des finances ainsi que celui du budget, a adopté une communication sur la consolidation du secteur de la téléphonie mobile et sur l’optimisation de l’utilisation des ressources spectrales. La communication a pour objectif « de relever la qualité technique de l’offre de téléphonie et de relever la valeur économique du marché de la téléphonie mobile en Côte d’Ivoire ». Telles sont les raisons officielles de la consolidation dans le secteur de la téléphonie mobile.

Logo Café Mobile

Les entreprises visées seraient Green Network, Comium (KOZ), Café Mobile et Warid. Techniquement et contrairement au cahier des charges, ces quatre entreprises ne couvrent pas totalement le territoire national et ne sont pas en mesure de fournir la technologie 3G que les trois premiers (Orange, MTN, MOOV) fournissent actuellement. Elles détiennent des ressource spectrales très importantes, excepté GreenN (qui n’a que la fréquence 1800), c’est-à-dire la fréquence 900 dont a besoin les autres opérateurs mais non exploitées par celles qui les détienne.

Sur le plan financier, ces opérateurs n’arrivent pas à honorer leur dette, principalement la redevance à payer à l’État au titre des fréquences qu’elles détiennent et sur les licences délivrées pour exercer leur activité. A cela, il faut ajouter bien d’autres impôts et taxes qui ne sont pas honorés. L’État veut faire une pierre deux coups : Une seule entreprise capable de fournir un bon service aux populations et à mesure de pouvoir payer correctement ses redevances et autres taxes. Que gagnent les parties prenantes ?

Green N Logo

Selon le dernier classement, GreenN est le quatrième opérateur suivi de KOZ (ARTCI, 2015). Un regroupement de ces quatre opérateurs revient à mettre ensemble leur force et à partager leur faiblesse. Ce regroupement peut être une opportunité pour la nouvelle entité de se poser comme un grand concurrent des trois autres. En effet, le regroupement va permettre une plus grande couverture du pays, un plus grand nombre d’abonnés, un accroissement du revenu par utilisateur (ARPU), une plus grande visibilité de la nouvelle entité, le renforcement de leur capacité technique, une plus grande confiance des clients et des banques, un lobbying gagnant et le regroupement d’un personnel qualifié, expérimenté et disponible. Les taxes et redevances seront optimisées car cette entité n’aura qu’une seule licence et des ressources spectrales bien définies. En somme, les charges seront modestes. Cette nouvelle entité sera plus disposée à suivre le développement technologique et aura plus de dispositions à se conformer au cahier des charges et au code des télécommunications. Cependant, la grande question est de savoir comment gérer cette consolidation et sur quelle base elle sera faite, d’autant plus que ces opérateurs n’ont pas les mêmes défis. En plus d’être endettées auprès de l’État, certaines le sont fortement auprès des fournisseurs privés locaux, comme internationaux et d’autres n’ont jamais décollé.

Pour les employés de ces structures, ils pourront bénéficer de la formation car les équipements sont différents soit en terme de fournisseurs, soit en terme de version. Il se pourrait que l’opérateur, à moyen terme décide de faire appel à un nouveau fournisseur autre que ceux présents sur les anciennes installations.

Warid Logo

Les employés de ces différentes structures n’ont pas le même traitement salarial et de couverture sociale (Assurance). Avec la nouvelle entité, une mise à niveau vers le haut, de leur condition salariale et de travail s’avérera nécessaire. Ils devront s’attendre à un nouvel organigramme et peut être même à des départs négociés, car tout dépendra de la vision des nouveaux actionnaires. Ils devront se préparer à se battre pour relever le défi du changement de rang de l’opérateur consolidé, qui sera de passer de la quatrième place à une place plus honorable.

L’État ivoirien veut sécuriser ses ressources financières et pouvoir faire ses différentes planifications pour financer ses projets. Le secteur sera stabilisé avec une optimisation des infrastructures.  La mise à disposition des ressources spectrales, seront relouées à d’autres opérateurs au gré de leur besoin. Les TIC contribuent aujourd’hui à hauteur de 6% du PIB (Banque Mondiale), ce chiffre pourra être revu à la hausse. Le marché de la téléphonie mobile a contribué à hauteur de presque 10 % des ressources de l’État (Le Ministre Koné Bruno, Février 2015). Ce chiffre devra évoluer. Et en plus l’impôt sur les bénéfices est passé de 25 % à 30 % en 2014.

Logo Comium

Pour les populations, elles auront une meilleure qualité réseau, disponible sur l’ensemble du territoire national, avec une diversité d’offres concurrentielles. Cela peut contribuer à une réduction du coût des différents services offerts, surtout l’accès à internet haut débit dont à peine 2 % des abonnés mobile ont un abonnement (Jean-Michel Huet, associé BearingPoint, Chronique du 11/12/2014, Les TIC en Côte d’Ivoire : un levier de développement pour un pays en pleine reconstruction, JDN).

Nous sommes dans une économie libérale et il ne revient pas à l’État de réguler le marché. Les entreprises doivent mettre en place un comité d’expert ou contacter un cabinet pour une évaluation claire et précise. Le résultat servira de base de négociation. Cela prendra du temps, et c’est en cela que nous demandons une implication de l’État afin d’apporter des facilités fiscales de dette de redevance et autres taxes. Cette implication de l’État permettra de rassurer toutes les parties et sera un bon signal pour les investisseurs étrangers et pour un développement durable des entreprises existantes.

En cas de refus de ces opérateurs de s’unir, ce qui est de leur droit, l’État se verra dans l’obligation de leur opposer le cahier des charges, le nouveau code des télécommunications et les différentes dispositions réglementaires qu’elles devront satisfaire sinon elles se verront retirer la licence et les fréquences allouées. N’étant plus visible, le marché fera le reste.

Source : Isaak Siaka BAKAYOKO, Consultant en Économie numérique et Développement Durable. Master en Développement Durable, Ingénieur en Génie logiciel et Réseaux

Sélectionné par V.Samassi / LillyBelle