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Au salon du mobile de Barcelone, la prochaine génération de réseau mobile est sur toutes les lèvres, mais pour quoi faire ? Explications.

La 4G commence à peine à décoller en France, que l’industrie des télécoms se penche déjà sur la prochaine génération. La 5G est sur toutes les lèvres des opérateurs réseaux et téléphoniques, au salon mondial du mobile de Barcelone.

Daisuke Kurita, ingénieur chez l’opérateur japonais NTT Docomo, prédit :

« La 5G arrivera dans 5 ans. A Tokyo, il sera possible de surfer sur internet en 5G dès 2020, pile pour les Jeux olympiques [d’été]. Votre connexion internet sur votre smartphone sera 100 fois plus rapide. »

Poser les bases

2020 ? Pourquoi alors en parler dès maintenant ? « Parce qu’une technologie de réseau met du temps à se développer », explique Merouane Debbah, directeur du laboratoire de recherche du constructeur Huawei à Paris. « Nous sommes en train de définir les caractéristiques de la 5G. »

Une génération de réseau cellulaire dure une vingtaine d’année et, à chaque génération, des priorités sont données. Années 1990 : la 2G devait porter la voix en mobilité. 15 ans plus tard, la 3G a l’ambition de porter de l’image, pour permettre la visiophonie. Face à l’échec de la pratique, le réseau se recentre (avec sa mise à jour HSDPA) sur l’internet en mobilité. Année 2010 : la 4G est pensée autour de l’internet mobile.

« Des pré-requis ont été établis », poursuit Merouane Debbah. « La technologie doit permettre un débit 100 fois supérieur à la 4G actuelle, avec un temps de latence de moins d’une milliseconde [contre 50ms pour la 4G], la capacité de gérer les 50 milliards d’objets connectés qu’il y aura alors. Le tout, avec un réseau qui consomme moins d’énergie afin d’améliorer l’autonomie des téléphones. »

Hanna Maurer Sibley, directrice des réseaux mobiles chez Ericsson, estime :

« Si nous prenons l’habitude de regarder des émissions de télé en direct, ou des films en haute définition dès que nous sommes dans le métro, il faut que les tuyaux transportant ces données soient de plus en plus larges. L’opérateur doit s’adapter à ce que veulent ses clients. »

Télécharger un film en moins de 5 secondes

Le groupe chinois Huawei, le franco-américain Alcatel-Lucent, le Suédois Ericsson, le Finlandais Nokia, l’opérateur japonais NTT Docomo, l’incontournable sud-coréen Samsung… Tous vantent la technologie 5G. Mais, peu importe l’interlocuteur, la discussion dévie rapidement sur des caractéristiques techniques pointues.

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Pour le consommateur français, la 5G sera surtout synonyme d’accès internet bien plus rapide, avec une transmission envisagée de 1Gbit par personne. C’est-à-dire un débit de 125 Go par seconde. Ou encore l’équivalent du téléchargement de 27 films à la seconde ! Peu avant le salon de Barcelone, le centre de l’innovation (5GIC) de l’université de Surrey en Angleterre a été capable d’atteindre un tel débit lors d’une expérimentation. Hors du laboratoire, la vitesse devrait toutefois être moindre – plus il y a de personnes connectées à une antenne, plus le débit est ralenti. Selon Merouane Debbah :

« Il faudra tout de même moins de 5 secondes pour télécharger un film. »

Des vitesses plus rapides que la connexion ADSL de la maison… L’intérêt d’aller aussi vite ?

– Répondre à la demande croissante d’accès à des vidéos en très haute définition (4K) et bientôt à des images en 3D.

– Faciliter également le stockage dans le cloud : plus besoin de patienter sans cesse le téléchargement de ses données.

– Réduire le temps de latence de certaines applications, comme la possibilité pour une voiture connectée d’émettre un appel d’urgence en cas d’accident…

De belles promesses mais qui ne sont toutefois par pour tout de suite. Si le Japon vise un déploiement de la 5G à Tokyo pour les Jeux olympiques, les Chinois de Huawai affichent la volonté de lancer un premier smartphone compatible et de présenter un premier réseau lors de la Coupe du monde de football de 2018 en Russie. La Corée du Sud est également sur les rangs pour 2018 : le gouvernement a investi 1,5 milliard de dollars pour appuyer le déploiement d’un réseau 5G lors des Jeux olympiques d’hiver à Pyeongchang (à l’Est de la Corée).

Ne pas s’emballer sur le « big bang » annoncé

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Attention toutefois au coup marketing de la « révolution » de la 5G promise par les industriels. Ian Miller, qui travaille pour l’opérateur espagnol Telefonica, confie à Reuters :

« Les équipementiers ont tendance à parler de ‘Big Bang’ parce qu’ils veulent vendre plus d’équipements. Avec la 5G, nous voyons plus une évolution progressive […] La 4G a encore beaucoup de marge. »

La technologie 4G doit durer jusqu’en 2030. D’ailleurs, elle est encore loin de couvrir l’ensemble du territoire, et cela s’en ressent en termes d’usages. « Aujourd’hui, seuls 10% des Européens utilisent de la 4G », rappelle Anne Bouverot, la directrice de l’association des opérateurs mobiles (GSMA), qui organise le salon de Barcelone, dans « la Tribune ».

D’autant que la diffusion de la 5G aura un prix. « L’impact de la 5G en termes d’investissements chez les opérateurs mobiles ne se verra pas avant 2020 », estime-t-elle. Selon le GSMA, les opérateurs mobiles devront investir 1.500 milliards d’euros pour mettre à jour leurs équipements. L’essentiel de ces investissements servira d’abord à ajouter des capacités 4G à leurs réseaux et à améliorer la couverture dans les zones de fort trafic.

La 5G commencera à se déployer à partir de 2020, sur le même format que la 4G : en commençant par les grandes villes et les grands opérateurs. Il faudra adapter les antennes existantes et que les fabricants de smartphones intègrent des puces capables d’en profiter. L’idée étant d’éviter les mêmes problèmes que la 4G, notamment sur la fragmentation et les considérations pour les technologies précédentes.

Lors de sa sortie, l’iPhone 5S était par exemple compatible avec la 4G américaine mais pas la 4G française, puisqu’il existe… 44 normes différentes en fonction des pays ! Par ailleurs, à leurs débuts, les mobiles 4G étaient curieusement peu efficaces pour passer des appels, la téléphonie étant considérée comme une application de la connexion internet. Un comble.

Source: http://obsession.nouvelobs.com/

A.Mauduit